Le syndrome de Peter Pan

Assistant Edition

Missions : Concevoir des jeux et des consignes de coloriage pour des ouvrages destinés aux 3-6 ans, prospecter et faire de la veille concurrentielle sur le secteur audiovisuel, participer au suivi des dossiers éditoriaux édition : relecture d’épreuves, correction, suivi de la chaîne du livre. Profil recherché : Etudiant en Edition (Master 1 – 2), vous manifestez un fort intérêt pour la presse et la littérature jeunesse. Polyvalent, créatif, rigoureux, vous savez être force de proposition et aimez travailler en équipe. Indemnité de stage selon profil.

Madame, Monsieur,

A la fois auteur, correctrice, relectrice, prospectrice, créatrice de jeux, aînée d’une famille de quatre enfants et jeune, je pense pouvoir parfaitement correspondre au profil que vous recherchez. En effet, tout au long de ma scolarité, je me suis formée à tous ces métiers, ayant obtenu pour chacun un diplôme reconnu par l’Etat. Après un baccalauréat littéraire, j’ai effectué deux Masters dans l’édition et le cinéma, en plus d’être titulaire d’une licence professionnelle de médiation culturelle et d’un BTS Métiers du livre. De toute évidence et de par mes nombreuses expériences, mon champ de compétences est extrêmement riche et varié.

Abonnée au Journal de Mickey depuis l’âge de cinq ans, je n’ai jamais cessé de dévorer la presse et la littérature jeunesse, toujours présentes à mon chevet. De même, je n’ai jamais arrêté d’utiliser mes cahiers de coloriage et je réclame chaque soir à mes parents une histoire pour m’endormir. Depuis ces longues années, je suis restée très attachée à l’univers de l’enfance, peu intéressée par les préoccupations des adultes. Si la peur de grandir est certainement en cause, je pense également que le monde du travail y est pour beaucoup. Effrayée à l’idée d’être employée par une entreprise, le seul concept de contrat à durée indéterminée me donne la chair de poule. Être adulte, c’est aussi accepter d’être embauché, payé, et donc cotiser pour sa retraite.

Je ne suis pas intéressée par ces choses-là, soucieuse de préserver au maximum mon insouciance. N’ayant pas encore accédé à cette maturité, et bien que sur-diplômée, j’ai donc décidé d’enchaîner les stages, afin de perpétuer aussi longtemps que possible le souvenir de mon enfance perdue. Je peux donc, avec grand naturel, accepter les réprimandes des supérieurs qui me rappellent l’autorité passée de mes parents, obéir aux ordres telle l’enfant que je ne suis plus, et me faire discrète lorsque les circonstances l’exigent. Avouez que mon profil ferait rêver n’importe quelle entreprise, une véritable chance à saisir, une opportunité qu’il ne faudrait laisser filer sous aucun prétexte.

Mes précédents employeurs me considèrent ainsi comme un véritable modèle de stagiaire : je fais ce que l’on me dit de faire, je ne vais manger que lorsqu’on me le demande, je ne réclame rien et je peux supporter tous les ordres les plus absurdes et les plus violents sans jamais me plaindre à aucun moment ni d’aucune manière. A une condition près cependant : qu’on me laisse mon doudou lapin, ma peluche et plus fidèle amie depuis ma naissance. Rassurez-vous, je prépare moi-même mes biberons et je ne porte plus de couches depuis longtemps. Je dispose donc, et à votre service, de tous les avantages de l’enfance sans ses inconvénients.

Habitant toujours chez mes parents, je tiens à vous préciser que je n’ai aucun besoin particulier et l’argent de poche que vous proposez gentiment ne me serait d’aucune utilité. Je pense que d’autres personnes en auraient davantage besoin, permettez-moi de ne réclamer aucune monnaie, aucune gratification, aucune indemnité ni aucun avantage en nature. Ce sont mes principes et j’y tiens, je refuse de m’approcher davantage de l’âge adulte et l’argent fait partie de ses vices écoeurants.

Pour finir, je vous avoue que c’est grâce aux nombreux mots-clés enregistrés dans mon moteur de recherches que j’ai agréablement trouvé votre annonce : stage, infantilisation, coloriage, exploité, mépris, crise, chômage, profit, et le dernier mot compte double : sans scrupules.

En espérant vous avoir convaincus par la solidité de ma candidature, j’espère que vous me contacterez pour un entretien, moi et mon doudou lapin.

Bien cordialement,

Sara Fistole.

8 réflexions sur « Le syndrome de Peter Pan »

  1. Réponse de Bayard Presse :

    Madame, Monsieur,

    Nous avons bien reçu votre candidature pour le poste de Assistant Edition et nous vous remercions de l’intérêt que vous portez au Groupe Bayard.
    Nous allons étudier attentivement votre dossier et nous vous contacterons.
    Toutefois, si vous n’avez pas de nouvelles de notre part dans un délai de un mois à réception du présent courrier, vous pourrez considérer que nous ne donnons pas suite à votre candidature.

    Sincères salutations.

    Le Service Recrutement
    Direction des Ressources Humaines

  2. Excellente lettre.
    Mais la réponse de Bayard a du être générée automatiquement; Dommage, j’aurai bien aimé savoir ce que s’est dit le RH lorsqu’il est tombé dessus.

  3. « Effrayée à l’idée d’être employée par une entreprise, le seul concept de contrat à durée indéterminée me donne la chair de poule. Être adulte, c’est aussi accepter d’être embauché, payé, et donc cotiser pour sa retraite. »
    si ça c’est pas un trait de génie, je n’y connais plus rien!!!! Magnifique!

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