Saturday night fever

L’entrepôt

Accueillir les artistes et le public les soirs de concert. Accompagner la programmatrice pour la préparation et le suivi administratif des concerts (contrats, factures, déclaration Sacem et CNV…) Le volume horaire a prévoir est de 35h par semaine du Mardi au Samedi, adaptable en fonction de vos emplois du temps a l’exception du samedi. Une Convention de stage est obligatoire. Stage non rémunéré, les repas sont pris en charge les soirs de concerts.

 

Madame, Monsieur,

Âgée de 25 ans depuis plusieurs mois, j’atteins malheureusement bientôt les limites de réductions pour les tarifs de concerts et autres sorties qui sont désormais réservées à une certaine catégorie de la population. C’est pourquoi je vous adresse ma candidature sans vous cacher mon désir de participer à la programmation de vos évènements culturels. En effet, je serais ravie de redécouvrir avec vous les soirées parisiennes, d’autant plus si vous m’offrez la boisson avec la place de concert. Sachez que je suis entièrement disponible tous les samedis des deux mois à venir, n’ayant pas les moyens le week-end de faire autre chose que rien. Sachez également que les avantages caloriques que vous proposez dans votre annonce ne me laissent pas indifférente, et constituent par conséquent une raison majeure à ma candidature.

Madame, Monsieur, j’ai faim et je vous remercie infiniment pour les repas que vous êtes prêts à me faire partager gratuitement les soirs de concerts. J’avais l’habitude à une certaine époque de fréquenter les couscous gratuits de Ménilmontant, mais il restait cependant les frais de boissons à ma charge, sans compter que certains établissements ont dû abandonner ces pratiques solidaires car accusés de ne pas fournir aux autorités leur pourcentage de TVA. C’est pourquoi vos propositions me réchauffent le coeur et me rappellent une certaine générosité humaine que je pensais avoir perdue de vue.

Cependant, et pardonnez d’avance ma remarque, je me demande en quoi consistent les missions auprès de la programmatrice musicale que vous évoquez brièvement. J’imagine qu’elle sait très bien faire son travail toute seule et qu’elle n’a pas besoin d’une personne supplémentaire pour ses tâches administratives, à moins que ce poste de stagiaire ne soit exclusivement réservé à celles-ci? Je vous remercierais de m’expliquer en quoi cette dame aurait besoin d’un(e) stagiaire, ou à défaut, qu’elle exprime elle-même les détails de l’aide qu’elle demande dans un courrier qu’il suffit de m’adresser.

En revanche, je serais parfaitement d’accord pour accueillir les artistes et le public, car je dois vous avouer que j’ai toujours été fascinée par les coulisses des spectacles, n’ayant jamais l’occasion d’y pénétrer. J’aimerais pouvoir un jour approcher certaines stars, voire me faire signer un autographe, ce qui ne serait pas possible dans un autre contexte que celui de votre stage. Cet aspect de votre annonce est tout à fait original et attirant, je trépigne déjà d’impatience de pouvoir visiter les loges, d’observer mon visage épanoui dans ces beaux miroirs entourés d’ampoules, et me remettre de la poudre sur le nez.

Oui, j’ai hâte de contempler ce beau reflet, car je suis convaincue que votre stage est épanouissant. N’importe qui rêverait de voir des concerts sans payer, et de manger gratuitement le samedi soir. D’avoir une activité, plutôt que rien. De travailler 35h par semaine sans être rémunéré, pour ne pas avoir un CV gruyère. De faire des photocopies et imprimer des factures, parce que la programmatrice trouve ennuyeux de le faire. De courir acheter du jambon pour le catering à minuit, parce qu’un chanteur affamé a tout mangé. De consacrer sa vie à son stage, et d’écrire son mémoire de Master la nuit. D’être défoncé par le travail, parce qu’il dépasse largement les horaires prévus. De ne plus pouvoir rien tenir, ni le stage ni les études, et culpabiliser de sa fatigue. De fermer sa gueule et s’estimer heureux, parce que c’est mieux que rien.

Merci, Madame, Monsieur, de nous permettre grâce à votre offre de stage, l’espoir d’un tel épanouissement.J’espère que vous en serez, un jour, récompensés.

Sara Fistole.

16 réflexions sur « Saturday night fever »

  1. Je viens de finir la lecture de toutes tes lettres, ce sont de véritables bijoux, je te félicite pour ta vision si drôle d’une situation vraiment sinistre. J’ai eu par le passé l’occasion d’être dans une situation professionnelle ou il fallait même justifier le fait d’aller aux toilettes et ou le patron attendait que je tourne le dos pour reculer l’aiguille de l’horloge pour me faire travailler 10 mn de plus, les mentalités n’évoluent pas vite mais grâce à des gens qui osent se révolter et dénoncer un certain plaisir des employeurs à prendre les gens pour des esclaves, les choses changeront un jour j’en suis sûre. Je te souhaite bon courage et au plaisir de te lire.
    Virginie

  2. trop top de remettre ces petits tyrans, à la petite semaine, à leur place. Tout les petits chefs sans vraiment de pouvoir sauf sur les stagiaires, les secrétaires etc… qui jouent de ce maigre pouvoir.
    Moi j’ai eu un boss dans le Design qui comme Freezfee dès que j’allais aux toilettes (car je prends et prenais beaucoup de médicaments suite à la déclaration d’une maladie orpheline, donc élimination impérative) ils se précipitait derrière l’écran de mon ordinateur pendant ma pose pipi pour voir si j’avais fini mon travail genre travail pas fini pas de toilette ( comme: pas de bras pas de chocolat ). Et pour les heures sup: au retour du repas de midi nous l’attendions parfois 2 heures son retour de sa pose repas sans pouvoir rentrer dans le Studio graphique car la porte était blindée avec alarme dont personne que lui avait le code pour rentrer. Et comme nous « avions pris plus de 3 heures pour son repas nous devions rattraper les 2 heures perdues par sa faute. Comme j’étais à l’essai pour un mois, je n’ai pas été prise pour le CDI ( si CDI il y avait ?). Comme mon licenciement n’a pas été fait dans les règles ( étrange de sa part, lui qui était si honnête ). Au Prud’homme il a justifier que j’avais de moi même fait des heures sup ( autre que celles pour rattraper le retard du midi ). et oui double heures sup imposées. Il a dit que j’avais de moi même pris l’initiative des heures sup et que je ne les avais pas faite le soir, mais le 25 décembre. J’avais tellement envi de travailler pour cet arnaqueur que je suis venue le jour de Noël. Jusque là mon procès été mal barré, c’était un appel car il avait gagné le 1 round, mais le coup de Noël, là c’était beaucoup trop gros et risible et cela ma fait gagné.

    Donc VIVE SARAH, tu es mon idole et je pense que nous devrions tous faire comme toi car c’est une lutte sans violence et marrante et que quelques lettres biens envoyées c’est un peu de grain de sable dans la machine de tous les profiteurs, arnaqueurs, de la détresse du monde du Travail

  3. Melle Fistole,
    bravo pour vos lettres, hélas si authentiques, on aimerait qu’elles soient des blagues, mais hélas 3 fois hélas , vous êtes dans ce monde si réel . Et c’est la vérité qui vous donne votre humanité , vous avez décidé de ne plus mentir , vous êtes « une vraie personne » . Melle Fistole, avec votre ton gentil, naïf, ingénu, vous êtes néanmoins capable de renvoyer aux annonceurs l’entière cruauté qu’ils ont en réserve pour leurs esclaves-stagiaires. Vous êtes Zorro le vengeur ou plutôt Zorroe la vengeresse. Zorroe Fistole. Pour ne rien gâcher , vous écrivez avec style , un éditeur va vous proposer de faire un livre de ttes vos lettres , c’est sûr, … et finalement… sarah portera (peut-être).
    Continuez, je m’abonne. Chapeau !

  4. J’ai brièvement travaillé à L’Entrepot au moment de son rachat au milieu des années 2000… le nouveau patron, ancien directeur de Novotel, voulait y décliner les méthodes de gestion de l’hotellerie de chaine à l’offre culturelle parisienne… après quelques mois presque toute l’équipe avait démissionnée, tous les bac+5 recrutés en emploi-jeunes n’avaient en effet pas supporté les ordres militaires et le transfert des méthodes d’exploitation des pauvres agents d’entretien des hotels du groupe Accord à l’équipe chargé d’élaborer une nouvelle offre culturelle… seul ceux de l’équipe les plus aptes aux compromis sont restés… longtemps… au meme salaire… l’humiliation en plus…

  5. Bonjour Sarah
    Mes félicitations pour ces lettres truculentes qui (s’)amusent d’une situation au demeurant édifiante.
    Et oui, nous sommes dans une société qui ne fait plus d’effort pour masquer sa violence et qui fait payer ses dettes par les plus jeunes ou fragiles.
    Toutefois ce rapport de force s’inverse face à la fierté ainsi que la capacité d’indignation et de dérision dont vous faite preuve.
    Je ne parierai pas sur le fait que ces recruteurs sont méprisants ou esclavagistes, toutefois votre prose interroge sur la légitimité de rémunérer aussi faiblement (voire pas du tout) des jeunes sous prétexte de manque d’expérience.
    Bon courage pour vos recherches, j’espère qu’un esprit aussi vif que le votre intéressera un professionnel à la recherche de jeunes talents non stéréotypés et non lobotomisés.
    Merci pour ces écrits pleins de vie,
    K.

    PS : je plussoie sur la question de l’opportunité du fil RSS. @+

  6. C’est bien tout ça, mais quand est ce qu’ ils répondent les annonceurs – demandeurs de stagiaires? Auraient ils peur? Seraient-ils éffrayés par un talent qu’ ils n’ont pas? Je n’ose croire que c’ est la honte qui les étouffe. Allez un peu de courage, pour une fois.

  7. Bravo pour vos ecrits, si drôles, acides, justes petites fleches bien envoyées. Une belle écriture de plus. Continuez, une future edition?
    En tout cas, merci.

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